J’ai écrit jusqu’à présent sur plusieurs thèmes, mais je n’ai pas pris le temps d’approfondir mon expérience en Côte d’Ivoire, et pourtant celle-ci est importante, car elle m’a fait pendre un tournant différent dans ma vie.

Départ

Fin de mon contrat chez TF1 en août 2016, je trouve du travail à distance à Abidjan grâce au réseau professionnel Linkedin ; je lâche mon appartement de l’époque (2 pièces, situé à République, quartier que j’affectionne tout particulièrement) , je donne la majorité de mes affaires (meubles, électroménagers, habits…) à des amis , et à de nombreuses associations; me voici prête à partir vivre une expérience des plus « exotiques ».

C’est drôle, car en écrivant cet article, je repense à mon copain qui me disait « Charlotte, tu vas te retrouver avec 2 culottes , et 1 tee-shirt à force de tout donner comme cela, gardes en un peu pour toi ». Et, plus il me disait ça, plus je prenais plaisir à tout donner.

J’ai rempli toutes les bennes de Barbes avec mes habits. Ça me procurait un grand plaisir que de tout donner.  Je ne prenais pas conscience, qu’en effet, je me retrouverai probablement sans rien au moment de mon départ  ! Mais, j’ai cette manie de donner avec une grande facilité, je l’ai toujours fait , et je le ferai encore. Pour mon copain , j’étais déjà une extra-terrestre à vouloir partir en Afrique, mais aussi un être à part dans mon organisation face à ce départ (rires). J’avais aussi tendance à oublier que je rentrerais un jour, et que ce jour là je n’aurais plus rien. Mais , ça m’était égal.

Toute stressée, je ne savais absolument pas ce qui allait m’attendre. J’essayais de percevoir ce départ de la manière la plus légère possible, car après tout, c’est moi qui désirais partir vivre une expérience en Afrique, et non pas mon voisin … !

Ceci-dit, de partir vivre en Afrique, c’est tout de même plus atypique que de partir vivre en Belgique, ou en Espagne. « Atypique » , peut être pas, mais plus contraignant pour être honnête, après l’avoir vécu. Avec mon caractère, au moment du départ, je partais pourtant tête baissée vers l’inconnu.  Je suis un vrai « bélier » , têtu et qui fonce !

Côte d'Ivoire, expatriation

La logistique

Si vous avez pris le temps de lire mon article sur le Togo, vous avez alors sans doute compris qu’entre la fin de mon contrat chez TF1 et le début de mon aventure en Côte d’Ivoire, je suis partie un temps au Togo pour y faire de l’humanitaire.

Au départ de Paris, il fallait alors que j’envoie ma valise en Côte d’Ivoire, car je préférais ne prendre qu’un sac à dos pour le Togo. Je m’apprêtais à l’envoyer par bateau, jusqu’à ce que ma meilleure amie Julia me dise « Charlotte, je vais te donner le contact d’une amie qui s’appelle Marie, nous étions ensemble en école immobilière à Paris, elle est repartie vivre en Côte d’Ivoire depuis peu.  Si besoin, tu l’appelles ».

Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Sans plus attendre, je contacte Marie, de façon à lui poser toutes les questions possibles que se pose un futur expatrié.   Attention, Marie n’est pas une fille comme tout le monde. Elle est vraie, patiente, bienveillante et unique. Moi, qui pensais lui passer un coup de fil pour lui poser mes questions, et qu’on s’arrête là …

Absolument pas , elle a été mon ange gardien du début à la fin de mon aventure. J’avais préparé une liste de questions en tout genres (les praticiens médicaux sur place, les meilleurs quartiers où habiter, le pouvoir d’achat, les vaccins, le visa, les horaires de travail…) et elle m’a répondu avec brio à toutes ces questions très rapidement et puis avec plaisir.

Pour tout vous avouer c’est aussi cette jeune femme aux cheveux couleur du soleil (elle est blonde avec de grosses boucles, comme Boucle d’or , et surtout très apprêtée ; elle sort vraiment des communs des mortels une fois sur place d’ailleurs; c’est assez drôle), qui m’a aidé dans tout.

Marie fût un vrai guide pour moi ; c’est elle qui pris en charge quasiment toute ma logistique.

  • Ma valise (en amont du Togo) est partie en avion avec son père. Je n’avais en effet que très peu d’affaires ayant presque tout donné
  • Elle me pris une puce téléphonique Orange pour mon arrivée
  • Elle m’aida pour le visa
  • Me conseilla les meilleurs médecins en cas de pépins
  • Me proposa de venir loger chez elle dans les débuts

C’est l’une des personnes les plus bienveillantes que j’ai rencontré dans ma vie, et purée ce que la bienveillance est difficile à trouver. C’est d’ailleurs ce que je recherche le plus à ce jour.

Côte d'Ivoire, expatriation

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Mon arrivée

J’arrive en Côte d’Ivoire, après 2 mois passés au Togo. Je m’étais alors déjà habituée à l’Afrique.  L’arrivée fût plutôt agréable, malgré le fait que j’étais très fatiguée et très amaigrie. J’ai perdu plus de 6 kilos en deux mois.

Marie , mon ange gardien était sur place, à la sortie de l’aéroport, avec ses grandes jambes de déesse et sa tenue à l’américaine (short en jean, débardeur, baskets).  A savoir, un expatrié s’habille de la même façon que chez lui en Afrique.

Je m’étais déjà habituée à l’Afrique, mais j’étais tout de même accablée par la chaleur et l’humidité. Je suis arrivée en pic de grosse chaleur et je peux vous dire que vous transpirez  constamment dans ces conditions. Si vous cherchez à être apprêtée en temps que femme , ce n’est pas avec ce climat que vous répondrez à vos envies. En arrivant sur place, je sens au fond de moi que je préfère considérablement les températures froides aux températures étouffantes.  Ceci provient probablement de mes origines de l’est (hongroises). Mais , je n’ai pas choisi l’Afrique pour son climat croyez-moi, mais plutôt pour son authenticité (du moins ce que je pensais).

On sort de l’aéroport avec mon ange gardien, on paye le parking, on monte dans son gros Toyota FJ Cruiser, et on s’envole vers chez elle. Dans la voiture je ressens ce sentiment profond de changement, qui a toujours mis beaucoup d’excitation dans ma vie.

Ceci dit, ce qui me rappelait certaines habitudes occidentales étaient les points suivants :

  • Voiture à l’occidentale
  • Appartement à l’occidentale
  • Façon de percevoir la vie à l’occidentale

Je comprends alors que ce n’est pas à Abidjan que je me dépayserais tant que ça avec la France.

Les expatriés d’ici ne quittent jamais leurs habitudes ! Il faut le savoir.

La ville

Abidjan est la capitale économique de la Côte d’Ivoire, mais c’est aussi la ville la plus peuplée de l’Afrique francophone avec 6 millions d’habitants. Ville très bruyante, embouteillée, salle, et parfois un peu agressive. Et à la fois, avec un aspect chaleureux et joyeux, et puis exotique et optimiste, qu’il n’y a pas chez nous. C’est une ville qui se développe à toute vitesse et qui représente 40 % du PIB de la Côte d’Ivoire. Quand on arrive à Abidjan on comprend vite que son industrie premier se trouve dans le bâtiment.  Beaucoup d’immeubles en construction et de chantiers devant nous. Ça m’a d’ailleurs beaucoup étonné lorsque j’étais dans la voiture de Marie, en allant vers chez elle.

On ne sait jamais à quoi s’attendre avant d’arriver en Afrique. Pour certains occidentaux l’Afrique c’est un large espace de sable ocre, avec 2 lions qui se battent en duel. Et je vous assure que je ne rigole pas. Beaucoup de mes amis se demandaient si j’allais avoir accès à la connexion internet en Afrique. (rires). Pourtant tous les africains ont plusieurs lignes téléphoniques, quand nous n’avons qu’une seule.

De mon côté , je connaissais l’Afrique, mais l’Afrique du voyage, et non l’Afrique en tant qu’habitante. Et, croyez-moi ou non , mais ce n’est pas la même chose.

On avait à peu près 20 minutes de voiture de l’aéroport jusqu’à l’appartement de Marie, j’ai eu le temps de contempler ce qui se présentait à moi :

  • Les grands immeubles, à l’occidentale
  • La Fnac
  • Canal +
  • Total
  • Les cinémas
  • Les grands supermarchés
  • L’autoroute 
  • Décathlon (ma foi, il y a Décathlon en Afrique???)
  • Mango
  • Aldo (les femmes connaissent)
  • Etam
  • Go Sport
  • De nombreuses pizzerias, tenues par de vrais italiens (moi, la fan de Pizzas)

Finalement à premières vues, ce n’était pas si dépaysant que ça.  On était bien loin des 2 lions qui se battent en duel (rires).

J’ai dormi chez Marie pendant 2 semaines ; semaines d’accueil chaleureuses, de bienveillance, de présentation de ses amis, d’intégration dans sa famille, d’aide pour me trouver un appartement … décidément cette Marie c’était le cadeau du ciel à mes yeux. Tous mes proches connaissent Marie … j’en parlais constamment à tout le monde.

Ceci-dit, l’épisode « Marie » fût l’épisode le plus agréable de tout mon périple. Les échanges intéressants, les allers-retours les week-end dans sa jolie maison de vacances à Assinie, les restaurants autour d’un bon verre de vin (c’était une vraie épicurienne) , les moments chaleureux avec sa famille… et les si bons conseils qu’elle m’à donné.

Côte d'Ivoire, expatriation

Côte d'Ivoire, expatriation

Ma vie sur place en quelques mots

Je me situais dans une position assez étrange.  La vie d’expatriée ne me convenait pas, je n’étais pas venue pour rester qu’avec des français et vivre dans un enclos utopique et idéaliste qui ne représentait aucunement pour moi l’Afrique.  J’étais venue avec, probablement beaucoup de naïveté, mais pour vivre une expérience unique , et proche des africains.

Le seul hic , c’est qu’il faut savoir que quand vous êtes un blanc , vous êtes considéré presque à 100 % comme un colon venu tout droit de France avec beaucoup d’argent en poche. Du coup ça fausse beaucoup les rapports entre les français et les ivoiriens.  Les ivoiriens qui ne pensent pas ainsi, sont les ivoiriens qui sont partis à un moment dans leur vie pour faire des études à l’étranger.

Du coup , je ne me suis pas fait beaucoup d’amis ivoiriens, du moins pas assez.  Et 85 % des français que j’ai croisé sur place , me hérissaient le poil. Et pourtant je me prends facilement d’affection pour les nouvelles personnes que je rencontre.

« L’expatrié de Tintin » existe vraiment me suis-je dis à plusieurs reprises (rires).

  • Ils restent entre eux, et font des soirées entre eux
  • Ils font des courses au Casino, a des prix impressionnants, (avec l’importation, le prix du paquet de pain Harris coûte 10 000 francs CFA soit 14 euros). Bon, je dois avouer qu’il m’arrivait bien trop souvent de l’acheter ce fameux paquet brioché, ainsi que de nombreux produits importés à des prix révolutionnaires.
  • Ils ne communiquent que sur Facebook , sur un groupe privé entre expatriés
  • Ils se sentent les rois du pétrole, car en Afrique vous avez la possibilité de  gagner considérablement mieux votre vie qu’en France, au même poste
  • Ils ne vont qu’à Assinie le week-end (jolie plage balnéaire à 1 heure d’Abidjan) alors que vous avez moyen de visiter plein de jolis coins et recoins

Sauf que pour m’habituer à la vie d’Abidjan et me faire rapidement des connaissances, je me suis mise en colocation avec des français.  Un garçon et une fille à qui je faisais d’ailleurs souvent des petits plats.  On partageait donc le même appartement (appartement de 150 m2 à l’occidentale), la même « nounou » (femme de ménage), et les mêmes réveils (on commenceait tous le travail à 7h30 du matin, on s’entre croisés alors entre deux cuillères de salade de fruits frais).  (Délicieux d’ailleurs)

Mon copain m’a rejoins un temps à Abidjan par amour.  Le genre de décision très spontanée, impulsive et folle mais forte ! On s’aimait de façon passionnelle, mais aussi destructrice malheureusement. Et l’Afrique sans projet sur place, c’est impossible ! Il est alors reparti sur Paris.

J’ai du m’y faire et vivre ma vie pleinement , même si j’avais beaucoup de mal dans les débuts et pensé à lui constamment. Il était ancré en moi, je l’avais pleinement dans la peau.

De mon coté, je travaillais pour une famille française sur place, qui avait une manière très colonisatrice d’agir ! Ça m’a boulversé ! Les rapports entre français et africains dans l’entreprise n’étaient pas cordiaux.  Ça ne rentrait pas dans mes valeurs. Et j’étais d’ailleurs bien plus proche des africains.

Je me persuadée quoi qu’il arrive qu’il fallait que j’aille au bout de l’aventure, malgré les difficultés.

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Mes rencontres

Heureusement que je me suis créée ma petite bulle d’amour sur place et que j’ai fait, en plus de Boucle d’or, des rencontres magiques.

  • Thalita : c’est une jeune femme de mon âge qui a grandi jusqu’à sa majorité à Paris et qui a pris la décision par la suite de vivre avec son père en Afrique, celui-ci qu’elle connaissait finalement très peu. Elle était si mûre et inspirante.   Une culture générale si développée, et des projets par milliers.
  • Chabah : une jeune femme de 30 ans venue avec son mari pour ouvrir une boutique de baskets puis une salle de sport.  Une vraie entrepreneuse dans l’âme, humaine, mature, réfléchie, gentille, et vraie. J’ai partagé énormément de conversations passionnantes avec elle et cela continue malgré la distance.
  • Delphine : une jeune femme africaine de 50 ans (plus ou moins, ils ne connaissent pas souvent leur âge là-bas, n’ayant pas toujours d’acte de naissance).  Delphine faisait des massages « palpers roulers » du tonnerre.  Elle venait chez moi deux à trois fois par semaine pour m’en faire. Ce fût un régal !! Les prix des prestations de services ne coûtent rien en Afrique, c’est super agréable.
  • Elie : venu deux ans auparavant pour travailler dans le bâtiment.  C’est un libanais, qui n’avait aucune famille dans le pays.  Rare pour un libanais.  Il était si drôle, rempli d’humour, d’auto dérision et d’affection.  Il m’a fait découvrir plein de lieux méconnus d’Abidjan et j’allais une fois par semaine avec lui au cinéma.  Les films qui sortent à Abidjan sont les mêmes que les films qui sortent France.  Et les salles sont toutes aussi belles.  Les pops-corn bien meilleurs (rires).
  • Tarek : jeune libanais de 30 ans.  Sa famille faisait partie de la diaspora libanaise venue quelques années auparavant en Côte d’Ivoire, et qui a permis le développement du pays,  en y créant de nombreuses entreprises. Brillant et ambitieux, je suis toujours en contact avec lui
  • Basile : c’était un ami de mon frère en école de commerce. Je n’ai jamais rencontré une personne aussi optimiste face à la vie.  Pour lui tout était possible !
  • Ilham : jeune femme marocaine du même âge que moi, remplie de maturité et d’excellents conseils. J’ai passé des moments extraordinaires avec elle.

Au final, en présence de ces quelques personnes , j’ai réussi à me faire ma petite place à Abidjan.  La Côte d’Ivoire est un pays magnifique.  Nous n’en parlons pas assez, mais c’est un pays extrêmement diversifié en terme de paysages et de cultures.

C’est le pays du cacao, des noix de cajou, du poulet braisé et de l’attieke, mais aussi du foot (ils en raffolent) et des éléphants même si on en trouve plus.

J’ai adoré ce pays , ainsi qu’y vivre tout ce temps comme si c’était mon chez moi depuis toujours.

J’avais d’ailleurs une hygiène de vie irréprochable ; je mangeais beaucoup de fruits, de poisson, de légumes, et du sport en salle de sport à chaque pause déjeuner.

Mais j’ai aussi eu de gros moments de solitude et un vrai manque de stabilité avec mes déménagements trop fréquents. Une solitude qui fait réfléchir et murir, mais que je ne regrette absolument pas.  C’est vraiment dans l’adversité qu’on évolue.  C’est fou !

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Conclusion

« L’herbe n’est pas plus verte ailleurs ».

Il faut se le dire chaque jour.  A ce jour, j’y crois pleinement, et j’apprécie encore plus vivre à Paris.

C’est marrant, moi qui ai toujours adoré voyager et m’évader plusieurs mois à chaque fois, ce n’est plus mon envie première depuis ce retour d’Afrique.

Je prends conscience chaque jour de la chance que j’ai, et je suis remplie de gratitude.

Côte d'Ivoire, expatriation

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Ma vie d’expatriée en Côte d’Ivoire

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